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Le numérique : l’ennemi juré pourtant négligé de la planète

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Décharge d’Agbogbloshie au Ghana

Aujourd’hui, jeudi 29 juillet, soit plus de cinq mois avant la fin de l’année, nous avons déjà épuisé toutes les ressources que la planète peut nous offrir en une année… Hier, le dernier rapport du GIEC nous a appris que deux nouvelles régions (au Pakistan et dans le golfe Persique) sont devenues inhabitables à cause du dérèglement climatique. Bref, la planète est en train de mourir, mais je ne pense pas vous apprendre quelque chose de nouveau.

Ce qui est, en revanche, malheureusement moins connu et conscientisé, c’est la contribution massive du numérique dans la pollution et la consommation démesurée des ressources naturelles. A l’heure actuelle, le numérique représente 4% des émissions de gaz à effet de serre (soit 1,5 fois plus que l’aviation civile) contre 2,3% en 2013. Alors oui, trier ses déchets, passer moins de temps sous la douche, éteindre la lumière en sortant d’une pièce…toutes ces actions sont non négligeables, mais presque ridicules quand, aussitôt réalisées, nous nous jetons sur nos appareils électroniques pour envoyer des emails, publier des photos, lancer des recherches sur Google, bref : produire et consommer de la data.

Dans un contexte où le secteur de l’adtech ne cesse de se développer et de se redéfinir, l’enjeu est donc réellement de concilier ce développement consommateur en data et en débit Internet avec le besoin expressément urgent de sobriété numérique.

Qu’est ce que la pollution numérique ? 

En bref, la pollution numérique environnementale, telle que définie par Inès Leonarduzzi dans son ouvrage publié en février 2021, Réparer le futur, du numérique à l’écologie[1], est l’ensemble des effets négatifs des technologies numériques sur le plan environnemental et humain. Il s’agit donc des émissions de gaz à effet de serre, de la surconsommation d’eau et d’électricité, de l’érosion de la biodiversité ou encore de la production de déchets électroniques, que nos achats d’appareils électroniques, l’obsolescence programmée, la dépendance de nos structures de travail et nos loisirs sur Internet génèrent.

Les chiffres alarmants de la pollution numérique  

Les énumérations de chiffres présentent des limites, mais dans une certaine mesure, celles-ci sont importantes quand il s’agit de faire prendre conscience d’une problématique alarmante.

  • La pollution engendrée par la fabrication de nos appareils électroniques

 

Paradoxalement, la dématérialisation promise par l’ère Internet n’a fait que renforcer nos besoins matériels. Et ces besoins sont on ne peut plus polluants. La production d’ordinateurs ou smartphones, par exemple, requiert des dizaines de métaux provenant du monde entier, et nécessitant une extraction et une transportation coûteuses pour l’environnement. Pour vous donner un ordre de grandeur, la production d’un téléviseur émet en moyenne autant de CO2 qu’un aller-retour Luxembourg-Milan en avion[2]. La pollution liée à la fabrication d’appareils est d’autant plus inquiétante que notre demande connaît une croissance exponentielle. Alors qu’aujourd’hui, on compte plus de 14  milliards de smartphones dans le monde (soit plus de deux fois le nombre d’humains sur terre) et  21  milliards d’objets connectés, une étude menée par Green.it publiée en septembre 2019, stipule que, si le nombre d’équipements dans le monde continue d’augmenter ces cinq prochaines années, les ventes d’objets connectés être multipliées dans le monde, passant à plus de 50 milliards en 2025[3].

Des enjeux sociétaux et humains émergent de cette surconsommation et production d’appareils électroniques. Par exemple, en République Démocratique du Congo, il revient aux enfants de creuser dans les mines pour chercher le coltan, métal riche en uranium et utilisé pour la production des smartphones, car leur petite taille leur permet de passer plus facilement dans les mines très étroites.

De plus, une grande majorité des déchets électroniques échappe aux filières légales de recyclage et est exportée en Afrique ou en Inde pour terminer leur vie dans des immenses décharges à ciel ouvert comme celle d’Agbogbloshie au Ghana[4].

  • La pollution engendrée par le fonctionnement du réseau internet

 

Cette pollution est largement due au stockage de données déclenché lors de nos envois d’emails, publications sur les réseaux sociaux, recherches sur le Web ou encore par le visionnage de vidéos.

Les centres dans lesquels nos données sont stockées, les data centers, sont aujourd’hui devenus les usines du 21ème siècle, et pourraient à l’avenir s’avérer être plus énergivores que l’humanité tout entière[5]. En effet, ces centres atteignent plus de 30% de la consommation d’électricité du numérique (qui, elle, s’élève à 10% de la consommation électrique mondiale). Ils nécessitent une quantité phénoménale d’énergie fossile et d’eau pour climatiser les machines. A titre d’exemple, les data centers californiens consomment l’eau de 158.000 piscines par an[6]… En bref, les data centers sont terriblement polluants et constituent plus de la moitié des émissions de gaz du numérique.

Et la pollution générée par ces centres n’est pas prête de baisser, puisque quotidiennement, 7 milliards de requêtes Google sont envoyées et un milliard d’heures de vidéos sont visionnées. Pour ce qui est des emails, 34 millions sont envoyés toutes les heures (sans compter les spams), ce qui correspondrait à l’équivalent de 14 tonnes de pétrole. Enfin, pour tous les amateurs des réseaux sociaux, sachez qu’une photo postée équivaut à la consommation d’énergie de 3 ampoules allumées pendant une heure…

Un sujet encore trop peu considéré

La pollution numérique est un sujet encore trop peu connu au sein de la population française. En effet, en 2020, un sondage révélait que plus de 70% des Français n’avaient pas conscience des enjeux de l’écologie digitale[7]. La tendance est la même dans le secteur de l’adtech, puisqu’ un sondage réalisé par Happydemics pour le compte de l’IAB France révèle que seuls 10% des répondants ont confié déjà mesurer l’impact carbone de leur activité publicitaire et plus de la moitié ont avoué qu’ils ne comptaient rien faire à ce sujet pour le moment[8].

Du côté de la régulation gouvernementale française, ce n’est pas glorieux non plus. Si une feuille de route environnement et numérique et la loi climat et résilience ont été adoptées récemment, cela reste insuffisant. La loi climat et résilience est particulièrement critiquée et déçoit un grand nombre d’activistes. D’autant plus que le numérique est absent de cette loi, le gouvernement faisant le choix de la sensibilisation des consommateurs et de l’autorégulation des acteurs pour verdir ce secteur, explique Nathan Mann[9].

Le patron de l’IAB France, Eric Schnubel, résume bien la situation : “On voit que le marché est préoccupé par le sujet mais qu’il ne sait pas vraiment par quel bout le prendre”[10]. Toutefois, des initiatives d’indicateur / de benchmark permettant d’encourager la publicité responsable existent, que ce soit du côté du SRI, de l’Udecam, de Starcom France ou de l’IAB France. Alors que Laurent Capion, responsable de la stratégie chez Starcom France souhaite que tout le monde se mette d’accord sur une norme, Eric Schnubel affirme qu’ “il n’est pas irréaliste d’imaginer l’IAB déployer un indice de publicité responsable, comme il l’a fait pour les publicités visibles”[11].

Enfin, les initiatives Google et Facebook qui s’engagent à être « carbon free » à l’horizon 2030 sont, quoi qu’il en soit, appréciables. Mais, si de plus en plus d’entreprises s’engagent vers la Green Tech, d’autres sont à la traîne.

Que faire ?

Si ces informations peuvent sembler accablantes, il ne faut pas négliger notre capacité à inverser la tendance via nos actions. Le fameux adage Savoir c’est Pouvoir prend alors tout son sens. Il ne s’agit donc pas de diaboliser le numérique, mais de comprendre ses impacts et limites, pour continuer à l’utiliser de manière responsable et intelligente.

Brièvement, voici quelques actions à mener, à l’échelle collective[12] :

  • Favoriser une extraction plus responsable, écologiquement et socialement, des matières premières.
  • Encourager et accompagner le développement d’une économie technologique circulaire .
  • Accompagner les institutions et pouvoirs publics dans la définition de lois sur le “savoir d’achat”.
  • Mener des campagnes d’information et de sensibilisation.
  • Accompagner les professionnels vers une utilisation raisonnée et responsable du digital.
  • Lutter contre les manipulations commerciales menant à la surconsommation (obsolescence programmée).

 

Et à l’échelle individuelle :

  • Conservez vos appareils électroniques le plus longtemps possible.
  • Favorisez la low tech et le recyclage (Backmarket).
  • Évitez la très haute définition pour les vidéos & bloquez la lecture automatique de vidéos sur les réseaux sociaux.
  • Videz vos boîtes mails, supprimez vos anciennes adresses emails.
  • Fermez vos onglets au fur et à mesure.
  • Favorisez des moteurs de recherche écoresponsables (Ecosia).
  • Supprimez les documents inutiles sur votre drive ou cloud.
  • Informez-vous !

 

 

[1] Leonarduzzi Inès. Réparer Le Futur: Du numérique à L’écologie. Éditions De L’Observatoire, 2021.

[2] Greenpeace Luxembourg. “C’est Quoi La Pollution Numérique ?” Greenpeace Luxembourg, 6 Apr. 2021, www.greenpeace.org/luxembourg/fr/actualites/11034/cest-quoi-la-pollution-numerique/.

[3] Aldebert, Mayeul. “Quel Est L’impact Du Numérique Sur L’environnement?” LEFIGARO, 9 June 2021, www.lefigaro.fr/sciences/quel-est-l-impact-du-numerique-sur-l-environnement-20210609.

[4] Greenpeace Luxembourg. “C’est Quoi La Pollution Numérique ?” Greenpeace Luxembourg, 6 Apr. 2021, www.greenpeace.org/luxembourg/fr/actualites/11034/cest-quoi-la-pollution-numerique/.

[5]  Leonarduzzi Inès. Réparer Le Futur: Du numérique à L’écologie. Éditions De L’Observatoire, 2021.

[6] Drevet Laetitia Drevet, Laetitia. “Trois Chiffres Pour Comprendre L’immense Impact Écologique Du Numérique.” Europe 1, 7 Apr. 2021, www.europe1.fr/technologies/trois-chiffres-pour-comprendre-limmense-impact-ecologique-du-numerique-4036952.

[7] “L’incroyable Impact De La Pollution NUMÉRIQUE En 60 Chiffres.” Grizzlead, 29 June 2021, www.grizzlead.com/lincroyable-impact-de-la-pollution-numerique-et-les-bonnes-pratiques-a-adopter-tres-vite/.

[8] Jaimes, Nicolas. “Pub Numérique Et Impact Environnemental : À La Recherche De La Juste Mesure.” Journaldunet.com, JDN, 30 Apr. 2021, www.journaldunet.com/ebusiness/publicite/1500537-pub-numerique-et-impact-environnemental-a-la-recherche-de-la-juste-mesure/.

[9] Mann, Nathan. “L’occasion Manquée D’un Numérique Vert Français.” Usinenouvelle.com, L’Usine Nouvelle, 24 Mar. 2021, www.usinenouvelle.com/editorial/l-occasion-manquee-d-un-numerique-vert-francais.N1071454.

[10]  Jaimes, Nicolas. “Pub Numérique Et Impact Environnemental : À La Recherche De La Juste Mesure.” Journaldunet.com, JDN, 30 Apr. 2021, www.journaldunet.com/ebusiness/publicite/1500537-pub-numerique-et-impact-environnemental-a-la-recherche-de-la-juste-mesure/.

[11] Idem

[12] Leonarduzzi Inès. Réparer Le Futur: Du numérique à L’écologie. Éditions De L’Observatoire, 2021.

 

Sources :
Contenu
  • “Digital for the Planet.” DIGITAL FOR THE PLANET, digitalfortheplanet.com/.
  • Greenpeace Luxembourg. “C’est Quoi La Pollution Numérique ?” Greenpeace Luxembourg, 6 Apr. 2021, www.greenpeace.org/luxembourg/fr/actualites/11034/cest-quoi-la-pollution-numerique/.
  • Jaimes, Nicolas. “Pub Numérique Et Impact Environnemental : À La Recherche De La Juste Mesure.” com, JDN, 30 Apr. 2021, www.journaldunet.com/ebusiness/publicite/1500537-pub-numerique-et-impact-environnemental-a-la-recherche-de-la-juste-mesure/.
  • Leonarduzzi Inès. Réparer Le Futur: Du numérique à L’écologie. Éditions De L’Observatoire, 2021.
  • Mann, Nathan. “L’occasion Manquée D’un Numérique Vert Français.” com, L’Usine Nouvelle, 24 Mar. 2021, www.usinenouvelle.com/editorial/l-occasion-manquee-d-un-numerique-vert-francais.N1071454.
Chiffres 
  • Aldebert, Mayeul. “Quel Est L’impact Du Numérique Sur L’environnement?” LEFIGARO, 9 June 2021, www.lefigaro.fr/sciences/quel-est-l-impact-du-numerique-sur-l-environnement-20210609.
  • Drevet Laetitia Drevet, Laetitia. “Trois Chiffres Pour Comprendre L’immense Impact Écologique Du Numérique.” Europe 1, 7 Apr. 2021, www.europe1.fr/technologies/trois-chiffres-pour-comprendre-limmense-impact-ecologique-du-numerique-4036952.
  • “L’incroyable Impact De La Pollution NUMÉRIQUE En 60 Chiffres.” Grizzlead, 29 June 2021, www.grizzlead.com/lincroyable-impact-de-la-pollution-numerique-et-les-bonnes-pratiques-a-adopter-tres-vite/.
Image de la publication : Décharge d’Agbogbloshie au Ghana; source : https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/societe-africaine/la-decharge-de-dechets-electroniques-dagbogbloshie-veritable-defi-economique-et-environnemental-pour-le-ghana_3863287.html

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